ParcoursLe coton, la fibre qui a tissé le monde moderne
Le coton, la fibre qui a tissé le monde moderne

Le coton, la fibre qui a tissé le monde moderne

Révolution industriellele nom qui s'est trompé d'adresse
Mode virtuel7 étapes

Une graine entourée de poils blancs a donné les mousselines de Dacca, les usines de Manchester, les plantations esclavagistes du Mississippi et la mer d'Aral asséchée. Sept étapes pour suivre le fil du textile le plus politique de l'histoire.

Carte du parcours

Étapes du parcours

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    Mehrgarh et Huaca Prieta : deux inventions parallèles

    Le coton a été domestiqué deux fois, séparément, sur deux continents qui s'ignoraient : dans la vallée de l'Indus d'un côté, en Amérique tropicale de l'autre. À Mehrgarh, au pied des montagnes du Baloutchistan, des archéologues ont retrouvé des fibres de coton minéralisées dans une perle de cuivre, datées d'environ six mille ans avant notre ère. C'est la plus ancienne trace connue de coton travaillé par des mains humaines. De l'autre côté du globe, sur la côte désertique du Pérou, le site de Huaca Prieta a livré des tissus de coton vieux de plus de six mille ans, fabriqués par des pêcheurs qui en faisaient aussi des filets. Quatre espèces au total ont été domestiquées, deux dans l'Ancien Monde et deux dans le Nouveau, et ce sont curieusement les espèces américaines qui fournissent aujourd'hui la quasi-totalité du coton mondial.

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    Dacca, capitale du tissu impossible

    Pendant deux mille ans, l'Inde est l'atelier textile du monde, et l'Europe antique en reste bouche bée. Au Ve siècle avant notre ère, Hérodote décrit des arbres indiens portant une laine plus belle que celle des moutons, seule façon pour un Grec de rendre compréhensible une plante qu'il n'a jamais vue. Les Romains achètent ces toiles à prix d'or, les navires arabes les distribuent de la mer Rouge à l'Insulinde, et le port de Calicut donne son nom au calicot. À Dacca, dans l'actuel Bangladesh, les tisserands moghols produisent des mousselines si fines que les poètes les appellent air tissé ou rosée du soir : une pièce de plusieurs mètres peut passer à travers une bague. Ce tissu se filait à l'aube et au crépuscule, à la lumière rasante et dans l'humidité du fleuve, seules conditions où le fil ne cassait pas.

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    Le mot arabe et l'agneau végétal

    C'est par le monde arabe que le coton entre vraiment en Europe : la plante est cultivée en Égypte, en Syrie, puis en Sicile et en Andalousie musulmanes à partir du IXe siècle. La langue en garde la trace : coton vient de l'arabe al qutn, qui a donné aussi l'espagnol algodón, l'anglais cotton et l'italien cotone. À partir du XIIe siècle, les villes du nord de l'Italie et de l'Allemagne du Sud, Milan puis Augsbourg, tissent des étoffes mêlant lin et coton importé du Levant. Mais l'Europe consomme une fibre dont elle ne voit jamais la plante, et l'imagination fait le reste. Une croyance tenace y prospère pendant des siècles : quelque part en Tartarie pousserait un agneau végétal, animal attaché à la terre par une tige, broutant l'herbe autour de lui jusqu'à mourir de faim, et dont la toison donnerait ce fameux tissu.

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    Les indiennes, ou comment interdire une mode

    Au XVIIe siècle, les compagnies des Indes déversent sur l'Europe des cotonnades peintes et imprimées, légères, colorées et lavables, que l'on appelle en France des indiennes. Le succès est foudroyant, et les fabricants de laine, de soie et de lin, puissamment organisés, obtiennent du royaume qu'il protège leurs métiers. En 1686, un arrêt du Conseil interdit l'importation, la fabrication et le port des toiles peintes en France, interdiction qui durera plus de soixante-dix ans. Le résultat est un désastre réglementaire : contrebande massive, saisies, procès, et une mode qui ne recule pas d'un pouce, y compris à la cour. L'interdiction est enfin levée en 1759, et dès l'année suivante un jeune imprimeur venu de Bavière, Christophe-Philippe Oberkampf, installe à Jouy-en-Josas une manufacture qui deviendra la plus célèbre d'Europe.

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    Manchester, la ville que le coton a bâtie

    Pour concurrencer les toiles indiennes, l'Angleterre n'a qu'une solution : produire plus vite et moins cher, donc mécaniser. En une génération, tout bascule : la spinning jenny de James Hargreaves vers 1764 permet de filer plusieurs fils à la fois, la water frame d'Arkwright en 1769 utilise la force hydraulique, la mule de Crompton en 1779 combine les deux, et le métier mécanique de Cartwright en 1785 achève la chaîne. Le coton devient la première industrie de l'histoire à être entièrement mécanisée, et l'usine, avec ses horaires, ses contremaîtres et ses enfants au travail, devient un modèle social exporté dans le monde entier. Autour de Manchester poussent des centaines de filatures alimentées au charbon, reliées au port de Liverpool par les premiers canaux puis par le premier chemin de fer entre deux villes. En 1835, la région produit à elle seule la moitié du coton filé de la planète, et l'on surnomme la ville Cottonopolis.

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    King Cotton : la machine et les chaînes

    Les filatures anglaises réclament une matière première en quantités inédites, et le sud des États-Unis dispose du climat qu'il faut. Un obstacle demeure : séparer la fibre des graines du coton à courtes soies prend un temps considérable, environ une journée de travail pour une livre nettoyée. En 1793, un jeune ingénieur du Massachusetts, Eli Whitney, met au point une égreneuse mécanique qui multiplie ce rendement par cinquante et rend la culture soudain très rentable. La conséquence est immédiate et terrible : la production de coton du Sud explose, les plantations s'étendent vers le Mississippi et le Texas, et la population réduite en esclavage passe d'environ sept cent mille personnes en 1790 à près de quatre millions en 1860, alimentée par un immense commerce intérieur qui déporte les familles du Haut Sud vers les nouvelles terres. En 1858, un sénateur de Caroline du Sud résume l'arrogance de ce système en trois mots devenus célèbres : le coton est roi.

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    De la mer d'Aral au rouet de Gandhi

    En 1861, la guerre de Sécession coupe l'approvisionnement des filatures européennes et provoque la famine du coton dans le Lancashire, où des centaines de milliers d'ouvriers se retrouvent sans travail. Le monde entier se met alors à planter du coton pour combler le vide : l'Égypte connaît un boom spectaculaire qui la mènera à la faillite puis à l'occupation britannique, l'Inde et le Brésil augmentent leurs surfaces, et la fibre devient un enjeu géopolitique permanent. Au XXe siècle, l'Union soviétique détourne les fleuves Amou Daria et Syr Daria pour irriguer les champs de coton d'Asie centrale, et la mer d'Aral, quatrième lac du monde, perd en quelques décennies l'essentiel de son eau. En Inde, Gandhi fait du filage manuel un acte politique : filer soi-même son khadi, c'est refuser d'acheter les tissus anglais et reprendre en main son économie. Aujourd'hui, environ vingt-cinq millions de tonnes de coton sont produites chaque année, il faut en moyenne plusieurs milliers de litres d'eau pour un seul tee-shirt, et la Chine, l'Inde et les États-Unis se partagent l'essentiel de la récolte.

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En quelle année Eli Whitney met-il au point son égreneuse à coton ?

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