Le Mékong, fleuve des mille vies
Partez sur les eaux du plus grand fleuve d'Asie du Sud-Est. Des glaciers tibétains aux rizières du delta, chaque étape révèle un monde.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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La source : naissance dans les glaces
Le Mékong naît sur le plateau tibétain, dans la préfecture de Yushu, à plus de 5 200 mètres d'altitude. Son nom tibétain, Dza Chu, signifie simplement « rivière des rochers ». Longtemps disputée entre géographes et explorateurs, sa source exacte n'a été officiellement localisée qu'en 1994, grâce à une expédition sino-japonaise. Dès ses premiers kilomètres, le futur grand fleuve n'est qu'un mince filet d'eau glacée serpentant entre des steppes arides balayées par le vent.
- 2
Les gorges du Yunnan : entre ciel et roche
En quittant le Tibet pour la province chinoise du Yunnan, le Mékong plonge dans des gorges spectaculaires où il côtoie deux autres géants fluviaux : le Yangtsé et la Salouen. Ces trois fleuves parallèles, séparés par des crêtes de plus de 5 000 mètres, forment l'une des zones naturelles les plus exceptionnelles du monde. L'UNESCO a classé ce territoire « Trois Fleuves Parallèles du Yunnan » au Patrimoine mondial en 2003. Dans ces gorges, le Mékong est torrentueux, imprévisible, parfois infranchissable : rien à voir avec le fleuve paisible qu'il deviendra plus bas.
- 3
Le Triangle d'Or : opium et légendes
À la frontière entre le Myanmar, la Thaïlande et le Laos, le Mékong traverse une région longtemps surnommée le « Triangle d'Or ». Du milieu du XXe siècle jusqu'aux années 1990, cette zone montagneuse était le plus grand producteur mondial d'opium, contrôlée par des seigneurs de guerre et des factions armées diverses. Le fleuve servait alors de route commerciale discrète pour le transport de marchandises illicites à travers des forêts impénétrables. Aujourd'hui, la région s'est profondément transformée : le tourisme y est florissant, et l'opium a largement cédé la place aux plantations de thé et aux casinos.
- 4
Luang Prabang : la cité des moines
Au cœur du Laos, le Mékong s'élargit et ralentit, longeant la ville de Luang Prabang, ancienne capitale royale classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1995. Chaque aube, des centaines de moines bouddhistes en robe safran défilent en silence dans les ruelles pour la cérémonie de l'aumône, appelée tak bat. Le fleuve est ici central à la vie spirituelle et quotidienne : on s'y baigne, on y pêche, on y brûle des offrandes flottantes lors des grandes fêtes. Luang Prabang est aussi un carrefour architectural étonnant, où temples bouddhistes et maisons coloniales françaises cohabitent dans une harmonie presque irréelle.
- 5
Les dauphins de l'Irrawaddy : gardiens du fleuve
À la frontière entre le Laos et le Cambodge, dans une zone appelée Khone Falls, vivent quelques dizaines de dauphins de l'Irrawaddy, l'une des populations de cétacés d'eau douce les plus menacées au monde. Ces petits dauphins au front bombé et au museau arrondi sont sacrés dans les cultures khmère et laotienne : on dit qu'ils sont les réincarnations d'ancêtres humains. Leur nombre est tombé à moins d'une centaine d'individus dans cette section du Mékong, victimes des filets de pêche, de la pollution et des perturbations sonores des bateaux. Leur survie est devenue un symbole de la santé globale du fleuve : là où les dauphins disparaissent, c'est tout l'écosystème qui s'effondre.
- 6
Phnom Penh : le Tonlé Sap à contre-courant
À Phnom Penh, capitale du Cambodge, se produit chaque année un phénomène hydrologique unique au monde : le Tonlé Sap, grand lac relié au Mékong, inverse le sens de son courant. De juin à octobre, la montée des eaux du Mékong est si puissante qu'elle repousse le Tonlé Sap vers l'amont, faisant gonfler le lac de 2 500 à 16 000 km² en quelques semaines. Ce phénomène, appelé la « respiration du Cambodge », inonde les forêts riveraines et crée un nurserie naturelle extraordinaire pour des centaines d'espèces de poissons. Les Khmers avaient compris ce mécanisme depuis des siècles : l'empire d'Angkor était en grande partie nourri par la pêche exceptionnellement productive rendue possible par ce flux inversé.
- 7
Le delta : le riz-monde du Vietnam
À son extrémité, le Mékong se divise en neuf bras principaux pour former un immense delta au sud du Vietnam, appelé « Cửu Long » (neuf dragons) par les Vietnamiens. Ce delta de 40 000 km² est l'un des greniers à riz du monde : il produit à lui seul plus de la moitié du riz vietnamien et nourrit indirectement des centaines de millions de personnes en Asie. Mais ce paradis agricole est aujourd'hui en première ligne du changement climatique : la montée des eaux marines, l'affaissement des terres et la réduction des sédiments dus aux barrages en amont menacent de faire disparaître une grande partie du delta d'ici 2100. Le Mékong termine son voyage millénaire dans une lutte silencieuse entre l'eau douce et l'eau salée, entre le passé et l'avenir.
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En quelle année la zone des Trois Fleuves Parallèles du Yunnan a-t-elle été classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO ?
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