Timor oriental, l'île du bout du monde
Au bout de l'archipel indonésien, un pays jeune porte des millénaires d'histoire. Partez à la découverte du Timor oriental, de ses forêts de santal à son indépendance arrachée de haute lutte.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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Le santal, trésor qui attire les convoitises
Avant que les Européens n'arrivent, le Timor était déjà célèbre dans tout l'Asie du Sud-Est pour une ressource précieuse : le bois de santal. Cet arbre au bois parfumé, utilisé dans les rituels religieux, la médecine et les cosmétiques, poussait en abondance sur l'île. Les marchands arabes, javanais et chinois venaient y faire du commerce dès le XIIIe siècle. Le santal était si précieux qu'il valait son pesant d'or sur les marchés de Malacca ou de Goa. C'est précisément cette richesse qui allait attirer les Portugais sur l'île au XVIe siècle.
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Les Portugais débarquent (1515)
En 1515, les Portugais sont les premiers Européens à établir une présence durable au Timor, attirés précisément par le commerce du santal. Ils s'installent d'abord à Solor, une île voisine, avant de prendre pied à Lifau, sur la côte nord du Timor, vers 1556. La colonisation portugaise est d'abord commerciale et missionnaire : les Dominicains évangélisent l'île avec un zèle remarquable. Contrairement à d'autres colonies, les Portugais ne contrôlent jamais vraiment l'intérieur des terres, laissant les royaumes locaux, appelés 'liurais', gouverner leurs territoires. Cette présence portugaise durera près de quatre siècles et laissera des traces profondes dans la langue, la religion et la culture du pays.
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L'invasion indonésienne de 1975
En novembre 1975, le Timor oriental proclame unilatéralement son indépendance du Portugal, dans le chaos de la décolonisation portugaise. Neuf jours plus tard, le 7 décembre 1975, l'Indonésie envahit l'île avec l'accord tacite des États-Unis et de l'Australie, en pleine Guerre froide. Le dictateur Suharto redoutait qu'un Timor indépendant dirigé par le mouvement Fretilin, de tendance marxiste, ne déstabilise la région. S'ensuit une occupation brutale de 24 ans : les historiens estiment qu'entre 100 000 et 180 000 Timorais ont péri, soit entre un quart et un tiers de la population de l'époque. Cette occupation ne sera jamais reconnue comme légale par les Nations unies, qui continueront de traiter le Portugal comme puissance administrante.
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Le massacre de Santa Cruz, 1991
Le 12 novembre 1991, des soldats indonésiens ouvrent le feu sur une foule de manifestants timorais réunis au cimetière de Santa Cruz à Dili, après les funérailles d'un militant assassiné. Le bilan officiel indonésien fait état de 50 morts, mais les organisations de défense des droits humains estiment le chiffre à plus de 250 victimes. Le massacre aurait pu rester inconnu du reste du monde, comme tant d'autres atrocités commises au Timor. Mais deux journalistes étrangers, dont le Britannique Max Stahl, avaient dissimulé des caméras dans la foule et ont filmé la scène. Les images, diffusées sur les chaînes de télévision du monde entier, ont provoqué un choc international et réveillé la conscience mondiale sur la question timoraise.
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Xanana Gusmão, le poète résistant
Xanana Gusmão est le visage de la résistance timoraise : chef militaire du Fretilin dans la jungle, il mène une guérilla contre l'armée indonésienne pendant des années. Arrêté en 1992, il est condamné à la prison à vie par Jakarta, mais sa cellule devient paradoxalement une tribune mondiale. Depuis sa prison, il écrit de la poésie, négocie avec des diplomates étrangers et dirige à distance le mouvement indépendantiste. Libéré en 1999 sous pression internationale, il est élu premier président du Timor oriental en 2002. Son parcours, de guérillero à chef d'État, rappelle celui de Nelson Mandela, dont il se réclame ouvertement l'héritier.
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Le référendum de 1999 et la naissance d'un État
Le 30 août 1999, sous l'égide des Nations unies, les Timorais votent massivement pour l'indépendance : 78,5 % choisissent de se séparer de l'Indonésie. La réponse des milices pro-indonésiennes est immédiate et terrifiante : des violences généralisées ravagent l'île, détruisant jusqu'à 80 % des infrastructures du pays. L'intervention d'une force internationale conduite par l'Australie, appelée INTERFET, met fin aux violences en septembre 1999. Le 20 mai 2002, le Timor oriental devient officiellement indépendant, devenant ainsi le premier nouvel État souverain du XXIe siècle. Xanana Gusmão prête serment comme premier président devant des dizaines de chefs d'État du monde entier.
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Le Timor aujourd'hui : pétrole, biodiversité et avenir
Depuis son indépendance, le Timor oriental a découvert une nouvelle richesse sous ses eaux : d'importants gisements de pétrole et de gaz naturel dans la mer de Timor. Ces ressources, partagées avec l'Australie après d'âpres négociations diplomatiques et judiciaires, représentent aujourd'hui plus de 90 % des revenus de l'État. Mais le pays reste fragile : il figure parmi les nations les plus pauvres d'Asie, et la dépendance aux hydrocarbures inquiète les économistes. Par ailleurs, les forêts tropicales du Timor abritent une biodiversité exceptionnelle, notamment des espèces endémiques d'oiseaux qui attirent les ornithologues du monde entier. Le Timor mise sur l'écotourisme et la diversification économique pour construire un avenir durable, loin de la seule rente pétrolière.
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