Jacques Cartier, le Malouin qui a nommé le Canada
Envoyé par François Ier chercher de l'or et un passage vers l'Asie, il n'a trouvé ni l'un ni l'autre, mais il a remonté le Saint-Laurent, sauvé son équipage grâce à un remède iroquoien et laissé un nom sur la carte du monde. Six étapes au départ de Saint-Malo.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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Saint-Malo, port de départ
Jacques Cartier naît à Saint-Malo vers 1491, dans une ville de marins qui arme déjà pour Terre-Neuve, où les pêcheurs bretons et normands fréquentent les bancs de morue depuis des décennies. Il a probablement navigué vers le Brésil et Terre-Neuve avant d'être remarqué, et il parle assez le portugais pour servir d'interprète, ce qui en dit long sur son parcours. En 1534, François Ier lui confie deux navires et soixante et un hommes pour aller découvrir certaines îles et pays où l'on dit qu'il se doit trouver grande quantité d'or et autres riches choses. L'objectif réel est double : trouver des métaux précieux comme l'Espagne en tire du Mexique, et surtout un passage vers l'Asie par le nord-ouest, puisque les routes du sud sont tenues par les ibériques. La traversée depuis Saint-Malo prend vingt jours, ce qui est rapide, et la flotte franchit le détroit de Belle-Isle pour entrer dans le golfe.
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Gaspé, 1534 : la croix et les otages
Après avoir longé Terre-Neuve et exploré le golfe, Cartier mouille à Gaspé, où pêche un groupe d'Iroquoiens du Saint-Laurent venu de Stadaconé, en amont du fleuve. Le 24 juillet 1534, il fait planter une croix de neuf mètres portant les armes de France et l'inscription proclamant la souveraineté du roi. Le chef Donnacona comprend parfaitement le geste : il proteste en montrant la terre et en expliquant qu'elle est à lui, ce que Cartier note dans son propre récit. Avant de repartir, le Malouin emmène en France deux fils du chef, Domagaya et Taignoagny, présentés comme des invités mais dont le départ n'est pas volontaire. Ce premier voyage, sans or ni passage, aurait pu rester sans suite : ce sont les deux jeunes hommes qui, en France, parleront d'un royaume riche situé plus à l'ouest et relanceront l'intérêt du roi.
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Le mot Canada
Lors du deuxième voyage, en 1535, guidé par Domagaya et Taignoagny, Cartier remonte le fleuve jusqu'à Stadaconé, sur le site de l'actuelle ville de Québec, puis pousse jusqu'à Hochelaga, où s'élève aujourd'hui Montréal. En chemin, ses guides emploient le mot kanata pour désigner leur village, terme iroquoien qui signifie simplement agglomération ou bourgade. Cartier comprend qu'il s'agit du nom du pays et l'inscrit ainsi dans ses relations : le Canada est né d'un malentendu de vocabulaire. À Hochelaga, il gravit la colline qui domine le village et la baptise mont Royal, nom qui donnera Montréal. Il constate surtout que le fleuve devient infranchissable en amont, à cause de rapides violents, ce qui condamne l'espoir d'un passage rapide vers l'Asie.
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L'hiver 1535 et l'arbre qui guérit
Pris par les glaces devant Stadaconé, l'équipage passe l'hiver à bord, dans un froid dont aucun Européen n'a l'expérience : le fleuve gèle, la neige monte au-dessus des bastingages, et le scorbut se déclare. En quelques semaines, la maladie emporte vingt-cinq hommes sur cent dix, et il n'en reste qu'une poignée en état de tenir debout. Cartier, qui cache l'état réel de sa troupe aux Iroquoiens par crainte d'une attaque, finit par interroger Domagaya, qu'il avait vu malade et rétabli en quelques jours. Celui-ci lui indique un remède : une décoction d'écorce et de feuilles d'un arbre qu'il nomme annedda, préparée et administrée aux malades. L'effet est spectaculaire, l'équipage se rétablit, et Cartier écrit que tous les médecins de Louvain et de Montpellier n'auraient pas fait autant en un an que cet arbre en huit jours.
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Les diamants du Canada
Avant de rentrer en 1536, Cartier emmène de force Donnacona et neuf autres Iroquoiens, dont ses deux anciens guides, afin qu'ils racontent eux-mêmes au roi le royaume du Saguenay et ses richesses supposées. Aucun d'eux ne reverra le Canada : tous meurent en France dans les années qui suivent, à l'exception, selon les sources, d'une jeune fille dont on perd la trace. En 1541, une troisième expédition est montée, cette fois pour coloniser, sous l'autorité d'un gentilhomme, Roberval, Cartier n'étant que capitaine et maître pilote. À Cap-Rouge, près de Québec, il fonde l'établissement de Charlesbourg-Royal et croit trouver de l'or et des diamants qu'il fait charger par barriques. De retour en France, les pierres se révèlent être du quartz et le métal de la pyrite : la déception donne naissance à une expression qui a duré des siècles, faux comme un diamant du Canada.
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Ce que Cartier a laissé
Cartier rentre définitivement en 1542, sans avoir prévenu Roberval qu'il abandonnait la colonie, et finit ses jours à Saint-Malo, où il meurt en 1557, probablement lors d'une épidémie. La France se désintéresse du Canada pendant plus de soixante ans, absorbée par ses guerres de religion, et il faudra attendre Champlain en 1608 pour fonder Québec durablement. Le site de Charlesbourg-Royal, longtemps introuvable, a été localisé en 2005 et 2006 à Cap-Rouge, avec des tessons de faïence et une perle de verre européenne : la première tentative de colonisation française en Amérique du Nord est sortie de terre après quatre siècles et demi. Aujourd'hui, son nom est partout au Québec, sur un pont, des écoles, des rues, et à Saint-Malo, où sa maison de Limoëlou se visite. Sa mémoire est aussi discutée : les enlèvements, la croix de Gaspé et le mensonge de 1541 figurent désormais dans les manuels au même titre que le fleuve et le nom du pays.
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En quelle année Jacques Cartier quitte-t-il Saint-Malo pour son premier voyage vers le Canada ?
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