Debussy à Paris
Entré au Conservatoire à dix ans, Debussy y a surtout appris à désobéir. Du Chat Noir de Montmartre à la création houleuse de « Pelléas » en 1902, six étapes dans le Paris qui a fait sa musique, jusqu'à sa tombe du cimetière de Passy. Un Debussy rêvé s'adresse à vous, ce ne sont pas des citations historiques.
Carte du parcours
Étapes du parcours
- 1
Le Conservatoire - Mon École de la Rébellion
Bach, Mozart, Beethoven, Chopin : en 1872, ces maîtres étaient tous morts depuis longtemps. Je suis entré au Conservatoire à 10 ans. Nous étions cent cinquante-sept candidats pour trente-trois places. L'école logeait alors rue Bergère, dans l'hôtel des Menus-Plaisirs. Elle a déménagé rue de Madrid en 1911, puis à la Villette en 1990. Moi, j'y suis resté plus de dix ans. J'étais doué, mais je détestais les règles. « Quintes parallèles interdites ! » Un jour, un professeur me demande où je veux aller avec mes accords étranges. Je réponds : « Nulle part. Je veux rester ici. » Je cherchais des couleurs sonores nouvelles, voilà tout. En 1884, j'ai quand même remporté le prix de Rome. La plus haute récompense de mes années d'études !
- 2
Montmartre - Le Chat Noir et Ma Bohème
L'année où Picasso vient au monde, Rodolphe Salis ouvre un cabaret au bas de Montmartre : le Chat Noir. C'était en 1881, et le quartier de ma jeunesse bohème s'allumait à la nuit tombée. Salis avait osé une chose inouïe : installer un piano, une première dans un cabaret. Le décor jouait au faux Louis XIII, l'atmosphère était électrique. Symbolistes, décadents, anarchistes, tous s'y retrouvaient. Verlaine y passait. Henri de Toulouse-Lautrec croquait la faune nocturne. Erik Satie et moi tenions le piano, et nous battions la mesure avec des cuillers. J'approchais de la trentaine, je cherchais encore ma voie. Le Chat Noir m'a libéré du carcan du Conservatoire. Ici, tout était permis. Salis est mort en 1897, et son cabaret ne lui a guère survécu.
- 3
L'Opéra-Comique - Le Triomphe de Pelléas
La mélodie que vous venez de jouer, La Fille aux cheveux de lin, est l'un de mes préludes pour piano. Mais ma chevelure la plus célèbre appartient à une autre : Mélisande, l'héroïne de mon unique opéra achevé. C'est ici, salle Favart, que Pelléas et Mélisande a été créé, le 30 avril 1902, sous la direction d'André Messager. Presque dix ans de travail, depuis ce soir de mai 1893 où j'avais vu la pièce au théâtre. Quelle bataille ! L'auteur de la pièce voulait sa compagne, Georgette Leblanc, en Mélisande. J'ai imposé l'Écossaise Mary Garden. Furieux, il a souhaité publiquement « que la chute soit prompte et retentissante ». À la générale, le public riait. Mais Vincent d'Indy a défendu l'œuvre, et Proust l'écoutait au théâtrophone. Aujourd'hui, Pelléas est reconnu comme un chef-d'œuvre.
- 4
L'Esplanade des Invalides - Ma Révélation Javanaise
Soixante Javanais, quarante hommes et vingt femmes : en 1889, ils vivaient dans un village javanais reconstruit sur l'esplanade des Invalides. Paris fêtait le centenaire de la Révolution. Là-bas, au Champ-de-Mars, la tour de 300 mètres de monsieur Eiffel attirait les foules. Moi, je revenais ici, vers les maisons de bambou où l'on teignait le batik. Et puis il y avait la musique. Quatre danseuses, dont la plus jeune avait douze ans, et derrière elles le gamelan : des gongs, des rangées de plaques de bronze frappées au maillet, des tambours. Cette musique ne concluait pas : elle tournait sur elle-même comme l'eau dans un bassin. J'y suis retourné souvent. Quatorze ans plus tard, en 1903, mes gongs de l'esplanade sonnaient au piano, dans Pagodes.
- 5
Square de l'Avenue Foch - Mon Dernier Refuge
Des estampes, un piano, des jouets : chez moi, chaque chose avait sa place. En 1905, je m'installe ici, dans un square de l'avenue du Bois de Boulogne, l'actuelle avenue Foch, avec Emma Bardac. Nous nous marierons en 1908. Dans mon bureau, je collectionnais les estampes japonaises, Hokusai, Hiroshige. Pour la couverture de La Mer, en 1905, j'ai voulu La Grande Vague de Hokusai. J'aimais les objets rares et le luxe discret. Le 30 octobre 1905 naît notre fille, Claude-Emma. Je l'appelle Chouchou, et je l'adore. Ici, j'ai composé mes Images et mes Préludes. Puis la maladie est venue, avec la douleur et les opérations. Le 25 mars 1918, pendant que Paris était bombardée, je suis mort ici.
- 6
Le Cimetière de Passy - Mon Repos Éternel
Un peintre, un musicien, un aviateur : Manet, Fauré et Henri Farman reposent ici aussi. Me voilà en bonne compagnie, dans ce petit cimetière ombragé que la tour Eiffel surplombe depuis l'autre rive. On m'a d'abord inhumé au Père-Lachaise, le 28 mars 1918, sans discours et sous les obus. Paris était bombardée et la guerre éclipsait tout. Emma m'a ensuite fait transférer ici. Sur ma stèle, rien que mon nom et ces mots : « musicien français ». Ma fille Chouchou repose à mes côtés. La diphtérie l'a emportée en juillet 1919. Elle n'avait que treize ans. Pour elle, j'avais écrit Children's Corner, des pièces tendres qui se moquent des exercices de piano et célèbrent l'enfance. Merci de votre visite. J'aime la compagnie.
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