
Henry Russell, l'homme qui habitait le Vignemale
Un comte irlandais né à Toulouse, revenu d'un tour d'Asie pour ne plus regarder qu'une seule montagne. Six étapes sur celui qui a loué un sommet des Pyrénées pour un franc par an et s'y est creusé sept grottes.
Carte du parcours
Étapes du parcours
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Un Irlandais né à Toulouse
Henry Patrice Marie Russell-Killough naît à Toulouse le 14 février 1834. Son père, Thomas-John Russell, est un Irlandais catholique qui a quitté son pays pour la France afin d'échapper aux discriminations frappant les catholiques d'Irlande. Sa mère, Marie-Ferdinande de Grossolles-Flamarens, appartient à la noblesse gasconne, si bien que l'enfant grandit entre deux pays et avec les Pyrénées à l'horizon. Il gardera toute sa vie ce double statut de comte irlandais et de Gascon, écrivant en français et signant en anglais. Ce n'est pourtant pas la montagne qui l'appelle d'abord, mais le plus loin possible de chez lui.
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Trois ans à l'autre bout du monde
Avant la montagne, il y a le monde. Russell part pour l'Amérique du Sud en mai 1856, pour l'Amérique du Nord en juin 1857, puis entreprend en septembre 1858 un voyage de trois ans qui le mène en Russie, en Chine, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Inde. Il traverse deux fois le désert de Gobi, à une époque où la région ne figure sur aucune carte fiable et où le voyage se fait à dos de chameau. Il rentre en août 1861, à vingt-sept ans, avec l'expérience du très loin et une conclusion inattendue. Ce qu'il a cherché à seize mille lieues, il décide qu'il l'a sous les yeux depuis toujours, à deux jours de Toulouse.
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14 septembre 1861, le Vignemale
Le 14 septembre 1861, quelques semaines après son retour d'Asie, Russell atteint pour la première fois le sommet du Vignemale avec le guide Laurent Passet. La Pique Longue, point culminant du massif, s'élève à 3 298 mètres sur la frontière franco-espagnole, au-dessus du glacier d'Ossoue. Ce n'est pas sa première montagne, il a gravi le pic d'Ardiden dès 1858 et signera une trentaine de premières entre 1858 et 1885. Mais c'est celle qui ne le lâchera plus : il y reviendra trente-trois fois. Une montagne se gravit, celle-ci il va décider d'y habiter.
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La Société Ramond
En octobre 1864, à Bagnères-de-Bigorre, Russell fonde avec Charles Packe, Émilien Frossard et Farnham Maxwell-Lyte une société vouée à l'étude scientifique et ethnographique des Pyrénées. Elle porte le nom de Ramond de Carbonnières, le savant qui avait ouvert la voie deux générations plus tôt, et elle existe toujours. Ce petit cercle franco-britannique invente une façon d'aller en montagne qui n'est ni la conquête sportive ni l'expédition savante, et qu'on appellera le pyrénéisme. Le 11 février 1869, Russell signe la première ascension hivernale du Vignemale, tenue pour la première grande ascension d'hiver réalisée en Europe. Il a trente-cinq ans et il vient de comprendre que la montagne se visite aussi quand tout le monde en redescend.
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Sept grottes et un franc par an
Le 26 août 1880, Russell passe la nuit dehors au sommet de la Pique Longue. De cette nuit lui vient une idée que personne n'avait eue : puisque les constructions enlaidissent la montagne, il faut habiter dedans. La première grotte, la villa Russell, est creusée en 1881 et achevée en août 1882 à 3 205 mètres, près du col de Cerbillona. Six autres suivent jusqu'en 1893, entre 2 400 et 3 280 mètres : la grotte des Guides, la grotte des Dames, les trois grottes Bellevue et la grotte Paradis. Il y fait porter des tapis et y reçoit ses invités avec du bordeaux et du madère, à des altitudes où personne ne dînait. En 1889, la commission syndicale de la vallée lui concède la jouissance du massif pour quatre-vingt-dix-neuf ans, contre un franc par an.
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Biarritz, 5 février 1909
Russell monte au Vignemale pour la dernière fois le 8 août 1904, à soixante-dix ans. Il meurt à Biarritz le 5 février 1909, loin de la haute montagne et tout près de l'océan. Son livre Souvenirs d'un montagnard, paru en 1878 et réédité jusqu'à la fin de sa vie, reste son grand texte, celui où il explique qu'on ne monte pas pour vaincre mais pour rester. Ses grottes n'ont jamais été détruites : elles se sont fait envahir par le glacier d'Ossoue, qui les a tour à tour bouchées et libérées au fil de ses avancées et de ses reculs. Le recul actuel du glacier en rend certaines inaccessibles et en dégage d'autres, si bien que l'état du climat se lit à même la montagne.
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En quelle année Henry Russell obtient-il la jouissance du Vignemale pour quatre-vingt-dix-neuf ans ?
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