Nantes : les traces de la traite (Junior)
Ce parcours sur le passé colonial de Nantes a été pensé spécifiquement pour la classe de CM1-CM2 de madame Mezza à l'école du Douet de Saint Sébastien sur Loire.
Carte du parcours
Étapes du parcours
- 1
L'île Feydeau
Plus de soixante ans de chantier : c'est bien plus long que pour la tour Eiffel ! Et sais-tu que tu marches sur un ancien lit de rivière ? Avant d'être un quartier, Feydeau était une île sur la Loire. Au début du XVIIIe siècle, ce n'est qu'un îlot de sable et de rochers. Des armateurs et des négociants très riches décident d'y construire des immeubles. Le premier plan, en 1723, prévoit vingt-quatre immeubles tous pareils. Mais le chantier avance lentement, et il dure jusqu'à la veille de la Révolution. Bien plus tard, de 1926 à 1938, on remplit de terre les bras de la Loire. L'île n'en est plus une : la voilà collée à la ville.
- 2
Rue Kervégan
Un négociant devenu maire, une rue toute droite qui porte son nom : ce sont les deux secrets de cette escale. Cette rue est la rue principale de l'île Feydeau. Elle s'appelait d'abord la rue du milieu, puis la rue de Rohan. En 1817, elle prend le nom de Danyel de Kervégan, qui a vécu et qui est mort ici. Kervégan était un négociant nantais. Comme beaucoup d'autres, il a participé au commerce triangulaire : ses navires achetaient des êtres humains en Afrique pour les vendre comme esclaves. Il a aussi compté dans la vie de sa ville. En 1789, l'année de la Révolution française, les Nantais l'élisent maire.
- 3
Un hôtel particulier des années 1770
Sucre, café, coton : voilà ce que les navires rapportaient des îles. Vers l'Afrique, ils emportaient des toiles, des chapeaux et des coquillages, pour acheter des êtres humains. Cet hôtel a été construit entre 1770 et 1775 par Augustin de Luynes, un négrier nantais enrichi par le commerce colonial. Sa fortune venait du travail des esclaves dans les plantations de sucre de Martinique et de Guadeloupe. Ce travail forcé était si dur que les planteurs réclamaient toujours de nouveaux esclaves. Plus tard, un futur maire de Nantes habite ici. Il dépense une fortune pour redécorer tout le deuxième étage et se faire bien voir... mais son plan ne marche pas !
- 4
Le temple du goût
Un étage, puis un autre, sans rien faire tomber : en 1753, l'architecte Pierre Rousseau élève ici un immeuble pour Guillaume Grou. Regarde la façade : ses balcons dessinent une pyramide. Les Nantais donnent un surnom à ce bâtiment : le temple du goût. Et Pierre Rousseau s'y garde un appartement ! Guillaume Grou était un des esclavagistes les plus actifs de la ville. Sa société était une des plus puissantes de Nantes dans la traite des esclaves. Sa femme, Anne O'Shiell, appartenait à la grande communauté irlandaise de Nantes. Ces familles d'armateurs se mariaient souvent entre elles.
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Les cinq mascarons
Des visages sculptés au-dessus des fenêtres : tu les as repérés ? Compte-les sur la façade : il y en a cinq. On les appelle des mascarons. Ils ont été commandés par Guillaume Grou, un riche trafiquant d'esclaves, le même que pour le temple du goût. Il a fait bâtir cet hôtel entre 1747 et 1752. Jeune homme, Guillaume Grou a appris son métier à Amsterdam. Et la place d'à côté s'appelle la Petite-Hollande : des marchands hollandais s'y retrouvaient pour leurs affaires. Au premier étage, un long balcon de fer forgé court sur la façade. Au XIXe siècle, on a même ajouté un étage à la maison.
- 6
Hôtel de la Villestreux
Cent quatre-vingts ouvertures, de quoi loger près de cent quarante personnes : cet immeuble est immense ! Il a été construit entre 1743 et 1754 pour Nicolas de La Villestreux. C'était un négrier, qui a armé sept expéditions de traite. Enfant, il a suivi son père corsaire à travers le détroit de Magellan, tout au sud de l'Amérique du Sud. Mais l'histoire que tout le monde raconte sur cet hôtel, c'est qu'il était hanté. Au XIXe siècle, les habitants entendaient des soupirs et des bruits de chaînes dans les étages. De quoi trembler en montant l'escalier !
- 7
Hôtel Deurbroucq
L'Europe, l'Afrique, l'Amérique : c'est le trajet des navires de Dominique Deurbroucq. Tu vois ce grand bâtiment ? Il l'a fait construire, et le chantier s'est terminé en 1769. Dominique Deurbroucq était armateur : il possédait des bateaux de commerce. C'était aussi un négrier. Ses navires partaient de Nantes vers l'Afrique. Là-bas, on achetait des êtres humains, puis on les revendait comme esclaves en Amérique, pour travailler dans les plantations. Son hôtel a coûté une fortune : 500 000 livres ! Aujourd'hui, ce bâtiment abrite des juges et des services de l'hôpital.
- 8
L'hôtel des Zéphyrs
Des ailes de papillon dans le dos : regarde les balcons ! Ces petits garçons ailés qui les soutiennent s'appellent des zéphyrs, comme Zéphyr, le dieu grec du vent d'ouest. C'est grâce à eux que la maison a reçu son surnom : l'hôtel des Zéphyrs. L'immeuble a été construit en 1742 pour Charles Trochon, armateur et négrier, par l'architecte du temple du goût, Pierre Rousseau. Sur la façade, cherche aussi deux visages : Neptune, le dieu de la mer, et Mercure, le dieu du commerce. Ils racontent le métier de Trochon.
- 9
Rue Montaudouine
De Nantes jusqu'à Saint-Domingue, les navires des Montaudouin traversaient l'océan. Cette rue porte le nom de leur famille. Au XVIIIe siècle, Jean-Gabriel Montaudouin habitait ici. C'était un homme très puissant : il possédait des navires et des plantations à Saint-Domingue, où des esclaves travaillaient pour lui. La colonie de Saint-Domingue est devenue Haïti en 1804. Et son île ? Elle contient deux pays : Haïti et la République dominicaine. Montaudouin aimait aussi les livres, et il écrivait lui-même sur le commerce. Il avait des amis écrivains célèbres... dont un qui avait pourtant écrit contre l'esclavage !
- 10
Hôtel O'Riordan
L'Irlande, puis Montréal : cette maison a des liens très loin d'ici ! Elle a été inaugurée en 1746. Son propriétaire, Étienne O'Riordan, était né en Irlande. Les O'Riordan étaient une vieille famille noble d'Irlande. Au Moyen Âge, elle avait même donné des rois à un petit royaume irlandais ! Étienne est devenu français. Comme beaucoup de négociants nantais, il s'est enrichi dans la traite des esclaves. Le beau salon en bois d'acajou de sa maison a été offert au Canada en 1975. On peut le voir aujourd'hui à Montréal.
- 11
Mémorial de l'abolition de l'esclavage
Du Code noir, la loi qui organisait l'esclavage en 1685, jusqu'à la fin de l'esclavage en 1848 : c'est l'histoire que raconte ce mémorial, ouvert en 2012. En descendant les escaliers, tu entres dans un espace souterrain qui rappelle les cales d'un navire négrier. Les captifs y étaient entassés pendant des semaines de traversée. Une première fois, en 1794, la France abolit l'esclavage. Mais Napoléon le rétablit en 1802. Il faut attendre 1848 pour qu'il soit aboli pour de bon. Sur le quai, regarde aussi le sol. Deux mille plaques de verre y sont réparties : la plupart rappellent le nom d'un navire parti de Nantes pour la traite.
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