
Beyrouth, la ville aux mille vies
De la Phénicie aux gratte-ciel, Beyrouth est une ville qui refuse de mourir. Pars à la découverte d'une capitale fascinante, blessée et toujours debout.
Carte du parcours
Étapes du parcours
- 1
Béryte, cité de 5 000 ans
Avant de s'appeler Beyrouth, la ville s'appelait Béryte, et elle était déjà ancienne quand Rome la remarqua. Les premières traces d'occupation humaine sur ce promontoire méditerranéen remontent à environ 3 000 ans avant notre ère, mais c'est sous domination romaine, au Ier siècle avant J.-C., que la cité connaît un premier âge d'or. Elle devient Colonia Julia Augusta Felix Berytus et bénéficie d'un statut privilégié : ses habitants sont citoyens romains. La ville s'orne alors de temples, de théâtres et d'un forum dont certains vestiges ont été mis au jour lors des grandes fouilles archéologiques des années 1990.
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La rue de Damas, cicatrice de guerre
Pendant quinze ans, de 1975 à 1990, Beyrouth a vécu l'une des guerres civiles les plus destructrices du XXe siècle. La ville fut littéralement coupée en deux par une ligne de démarcation que les habitants appellent encore aujourd'hui « la ligne verte ». À l'est, les quartiers chrétiens ; à l'ouest, les quartiers musulmans. La rue de Damas et l'avenue Charles Hélou formaient cette frontière invisible mais mortelle, bordée de snipers et de buildings éventrés. Des immeubles comme le célèbre Holiday Inn ou le Grand Théâtre sont devenus des symboles mondiaux de la destruction urbaine, et certains n'ont jamais été reconstruits, laissés debout comme des témoins de pierre.
- 3
Le centre-ville, renaissance impossible
Au cœur de Beyrouth, la place des Martyrs (Sahat al-Shouhada) fut pendant des siècles le poumon de la ville, marché, lieu de rassemblement, scène politique. Après la guerre civile, le gouvernement libanais confia la reconstruction du centre-ville à une société privée, Solidere, fondée en 1994 sous l'impulsion du Premier ministre Rafic Hariri. Le centre fut rasé et rebâti à l'identique du style ottoman et français d'avant-guerre, mais vidé de ses habitants d'origine et de sa vie populaire. Résultat paradoxal : un centre-ville immaculé, photogénique, et souvent désert, critiqué pour avoir fabriqué une façade sans âme sur les ruines d'une ville vivante.
- 4
Hamra, le quartier qui veille
Dans les années 1960, la rue Hamra était l'une des artères les plus vivantes du monde arabe : librairies, cinémas, cafés littéraires, journaux en dix langues, intellectuels en exil et étudiants de toute la région. C'est ici que se retrouvaient les poètes palestiniens, les cinéastes égyptiens et les philosophes syriens qui ne pouvaient plus s'exprimer chez eux. Hamra était la capitale informelle de la pensée arabe libre. Aujourd'hui encore, malgré les crises successives, guerre civile, crises économiques, explosion du port en 2020, , le quartier résiste avec ses cafés qui tournent au générateur et ses librairies qui ne ferment pas.
- 5
Adonis, voix de Beyrouth au monde
Ali Ahmad Saïd Esber, né en 1930 dans un village de Syrie et naturalisé libanais, a choisi pour nom de plume « Adonis », celui du dieu phénicien de la mort et de la renaissance. C'est à Beyrouth qu'il fonde en 1957 la revue Shi'r (« Poésie »), qui révolutionne la poésie de langue arabe en l'ouvrant au vers libre et à la modernité. Contraint à l'exil à plusieurs reprises, en France notamment, où il vivra des décennies, , Adonis reste l'une des voix les plus puissantes de la littérature mondiale, régulièrement cité pour le Nobel de littérature. Sa vie entière est une métaphore de Beyrouth : enracinée dans l'antique, projetée vers l'universel.
- 6
L'explosion du 4 août 2020
Le 4 août 2020 à 18h08, heure locale, une explosion d'une violence inouïe ravage le port de Beyrouth et une grande partie de la ville. Deux mille sept cents tonnes de nitrate d'ammonium, stockées sans précaution depuis 2013 dans un entrepôt du port, s'embrasent après un incendie. L'explosion est l'une des plus puissantes de l'histoire non nucléaire : elle est entendue à Chypre, à 240 kilomètres de distance. Plus de 200 personnes sont tuées, 6 500 blessées, 300 000 se retrouvent sans logement. Le champignon de fumée rouge et le souffle détruisant les vitres jusqu'au fin fond de la ville resteront gravés dans la mémoire collective mondiale, et dans celle des Beyrouthins, à jamais.
- 7
Gemmayzeh, l'art au milieu des ruines
Le quartier de Gemmayzeh, niché entre le port et Achrafieh, fut l'un des plus touchés par l'explosion de 2020. Mais c'est aussi l'un des premiers à renaître, et de la manière la plus inattendue. Quelques heures seulement après la déflagration, des street-artistes beyrouthins commencèrent à peindre sur les murs éventrés. Des œuvres monumentales surgirent sur les façades brisées, transformant les décombres en galerie à ciel ouvert. Ce phénomène résume quelque chose d'essentiel dans l'identité de Beyrouth : une capacité presque irrationnelle à répondre à la destruction par la création. Gemmayzeh abrite aujourd'hui une scène artistique et culturelle reconnue bien au-delà du Liban.
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